Combien d'eau stocker par personne : les vrais chiffres, et la marge que personne ne compte
Le chiffre que vous trouverez partout est « un gallon par personne et par jour ». C'est une mesure américaine, soit 3,8 litres, et elle est répétée depuis si longtemps que plus personne ne demande d'où elle vient ni ce qu'elle couvre.
Elle n'est pas absurde. Elle est simplement présentée comme un plafond alors qu'elle est un plancher.
Le vrai minimum, et pourquoi il bouge
Une personne a besoin d'un minimum réel de 3 à 4 litres par jour pour rester stable. Ce chiffre comprend la boisson, un peu de cuisine, et une toilette des plus sommaires. Ce n'est pas le confort, c'est le maintien.
Trois choses le font monter, et elles arrivent rarement seules :
- L'effort. Déplacer de l'eau, monter des étages, couper du bois, marcher. Une journée physique ajoute facilement un litre ou deux.
- La chaleur. Une canicule, ou simplement un logement qu'on ne peut plus ventiler.
- La maladie. C'est le multiplicateur qu'on oublie systématiquement, et c'est le plus brutal. Une diarrhée d'origine hydrique fait perdre en une journée ce qu'on avait prévu pour deux, et elle frappe précisément quand l'eau est devenue douteuse.
Dans ces cas, comptez 5 à 6 litres. Et prévoyez une réserve d'au moins 30 % au-dessus de votre calcul, parce que le calcul suppose que rien ne fuit, que rien ne casse, que personne n'est malade et que la coupure dure exactement ce qui était annoncé. Aucune de ces quatre hypothèses ne tient jamais toutes en même temps.
Le calcul, en une ligne
Une famille de quatre personnes, cinq jours, rythme modéré :
4 personnes × 3 L × 5 jours = 60 litres.
Ajoutez la marge de 30 % et vous êtes à environ 78 litres. Sur une base de 4 litres par jour et par personne, vous montez à 104.
Ce chiffre a l'air gros tant qu'il reste abstrait. Il représente en réalité une quarantaine de bouteilles de deux litres, ou trois bidons de vingt-cinq litres, rangés dans un endroit frais. Ce n'est pas une cave de survivaliste. C'est une étagère.
Et voilà l'arbitrage réel : trouver soixante litres par jour sous pression est un cauchemar. Les mettre de côté à l'avance, c'est une après-midi tranquille.
Comment la stocker pour qu'elle tienne
L'eau du robinet ne « tourne » pas toute seule. Ce qui la gâte, c'est la lumière, la chaleur, et ce qui vivait déjà dans le récipient.
- Des contenants propres, opaques, fermés, de qualité alimentaire. Un jerrican translucide posé près d'une fenêtre fera pousser des algues en quelques semaines ; le même dans un placard ne fera rien du tout.
- Frais et sombre. Un placard bas, un cellier, le fond d'un garage. Jamais à côté d'une source de chaleur ni d'un produit d'entretien, dont les vapeurs traversent le plastique.
- Deux à trois gouttes d'eau de Javel non parfumée par litre. Non parfumée, c'est important : les versions parfumées contiennent des additifs qui n'ont rien à faire dans ce que vous buvez.
- Séparez rigoureusement le propre et le sale. Un contenant qui a servi à transporter de l'eau douteuse ne redevient pas un contenant d'eau potable parce qu'on l'a rincé. Marquez-les, et ne les échangez jamais.
- Faites-la tourner. Deux fois par an suffit largement pour de l'eau traitée et stockée correctement. Videz-la sur les plantes, remplissez à nouveau.
Si vous devez purifier
Le jour où la réserve est épuisée et où il faut prendre l'eau ailleurs, le réflexe le plus dangereux est de se fier à une seule méthode. Aucune ne couvre tout.
L'ébullition détruit tout ce qui est vivant mais ne fait rien contre les produits chimiques, consomme du combustible et fait de la fumée. Le traitement chimique est silencieux et léger, mais le Cryptosporidium résiste au chlore. Les filtres laissent passer les virus. Les UV ne servent à rien si l'eau est trouble.
D'où la séquence, et pas l'étape unique :
- Préfiltrez à travers un tissu, pour retirer ce qui est visible.
- Si elle reste trouble, faites-la passer dans un filtre à couches. Sauter cette étape rend l'ébullition moins efficace, ruine complètement les UV, et triple la quantité de Javel consommée.
- Purifiez pour de bon : une ébullition franche d'une minute (trois au-dessus de 2 000 m environ), ou trente minutes de traitement chimique, ou six heures de plein soleil.
- Ajoutez une seconde barrière dès que possible. C'est l'étape que les gens équipés de filtres coûteux adorent sauter, et c'est celle qui les tue : une eau filtrée n'est pas une eau purifiée. Elle charrie encore du virus vivant.
Et surveillez chez chacun les premiers signes d'une maladie d'origine hydrique : les crampes, les premières selles molles, l'épuisement inexpliqué. Traitée tôt, ce n'est rien. Ignorée trois jours dans un logement sans eau courante, c'est le problème qui devient tout.
Ce que vous pouvez faire ce soir
Remplissez au robinet chaque récipient propre que vous possédez, mettez-y deux gouttes de Javel non parfumée par litre, et rangez-les dans un endroit frais et sombre.
Vous n'avez rien acheté, vous n'avez rien décidé de compliqué, et vous venez de couvrir la partie la plus urgente de la règle de trois. Le reste peut attendre le week-end prochain.
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